Accommodements déraisonnables

Il fallait bien s’en attendre. Un problème qui traîne est un problème qui ne peut que s’empirer.

Tout a commencé vers le début des années 90, alors que les policiers de la Gendarmerie royale du Canada sont autorisés à porter le turban dans le cadre de leurs fonctions. Les autres accommodements qui suivirent ne furent qu’une suite de concessions qui démontrent bien notre erreur ; celle d’avoir cédé à des caprices confessionnels pendant que nous travaillions encore à nous défaire de notre propre religion. Nous y travaillons toujours d’ailleurs. Les religions, toutes les religions, sans exception, sont comme la gangrène, si vous ne coupez pas, elles progresseront à votre détriment. Difficile à entendre, n’est-ce pas ? Peut-être. Mais il faut comprendre que les religions sont par définition ” prosélytiques “, par conséquent envahissantes. Elles cherchent de manière intrinsèque à grandir leurs rangs. Un danger qui guette depuis un certain temps la société québécoise.

À tous ceux et celles qui actuellement protestent dans la rue et qui accusent les Québécois de faire preuve d’étroitesse d’esprit ou d’intolérance, de vous brimer dans vos droits, vous semblez oublier un détail : c’est vous (ou vos parents) qui avez adopté le Québec comme pays. D’autre part, c’est notre droit (ça le sera toujours) de dire où l’on devra tirer la ligne. En ce qui me concerne, il y a longtemps que je l’aurais fait. Malheureusement, même la population ne peut contrôler ni diriger toutes les décisions gouvernementales. Quant à eux, nos gouvernements, ils ont trop souvent cédé sous le prétexte de l’ouverture d’esprit. De plus, quand ils en sont rendus à mesurer la grandeur des signes religieux ou à établir des demi-lois (non pour ceux-ci, oui pour ceux-là), c’est qu’ils sont vraiment perdus. Sauf qu’en vérité la question des religions ne concerne pas les autorités, mais plutôt la population elle-même. Je veux dire les Québécois de souche ou d’adoption qui déjà sont affranchis de l’emprise religieuse. Tout ce que j’en dis, c’est que les Québécois devront faire preuve de solidarité et de courage, car ils en auront besoin face à cette adversité qui ne pouvait être que prévisible.

L’ostentation religieuse, quelle pensée archaïque et primaire ! Deux mille ans plus tard, on en débat toujours. Je le dis surtout pour ceux et celles qui s’entêtent à l’imposer aux autres. Si l’on veut une pérennité pour les hommes et la paix sur Terre, il faudra bien en décrocher un jour. Et ces femmes qui me diraient en face qu’elles portent le voile par respect pour Dieu, c’est exactement ce que je veux dire, vous perpétuez une tradition surannée qui n’a plus sa raison d’être. En encourageant la soumission de la sorte, vous ouvrez toute grande la porte à d’autres subordinations. Soyez franches, n’est-ce pas de cela que plusieurs d’entre vous veulent aujourd’hui se déprendre ? Et au fait, moi, je ne le respecte pas, Dieu, en n’ayant pas de voile ! Non, diront-elles, vous le respectez à votre façon. Trop facile… C’est justement ce genre d’assertions ridicules qui perdurent et qu’il faut arrêter. Car l’évidence de l’ostentation de l’un (ou l’une) ne vaudra jamais l’absence et la discrétion de l’autre.

Alors, je répète, qu’est-ce que ce comportement si ce n’est de l’archaïsme intellectuel ? Et désolé pour ceux qui pratiquent en silence, il vient un temps où il faut arrêter l’hémorragie.

Non, je ne veux pas d’ostentation religieuse dans mon pays. Eh oui ! je serai offensé lorsqu’une personne dans un commerce me servira avec un voile ou tout autre signe religieux. La religion pour moi, vous me forcez à utiliser le mot, est une chose intérieure. Nul besoin d’exhiber un objet pour respecter Dieu. Que le dire rend la chose tellement évidente ! En fait, le respect de Dieu n’a rien à voir avec l’ostentation, elle a tout à voir avec la façon de se comporter envers soi-même et envers les autres. Si dans votre pays d’origine, il est normal que les hommes profitent de ce machisme déguisé et que les femmes (soumises) l’acceptent, retournez-y dans votre pays. Ici, c’est non.

Puisque nous ne pouvons pas vous enlever ce que nous (ou nos gouvernements) vous avons accordé (c’est notre erreur), laissez-moi tout de même vous démontrer notre grandeur d’âme : vous pouvez pratiquer votre religion au Québec, sans problème ; entre les quatre murs de votre maison. D’ailleurs, j’y pense, pourquoi est-ce toujours les musulmans (ou les Juifs) qui se plaignent ? Les Vietnamiens, les Chinois, pour ne nommer qu’eux, qui peuplent nos quartiers, n’ont jamais parlé de religion.

Et pour ceux qui brandiront le drapeau du multiculturalisme, sachez qu’il y a culture et religion. Nous pouvons certes voter pour une société multiculturelle, mais nous n’avons en aucun cas besoin de religion pour nous dicter la bonne conduite, la bonne conduite morale. Trop de débats avons-nous vu sur la question comme si entre n’avoir aucune valeur et avoir des valeurs religieuses il n’y avait rien. Pourtant, il y a bien quelque chose, et ce sont les valeurs humaines. La conduite morale ne pourrait, quant à moi, ne reposer que sur une seule règle, la règle du respect, qui se décline en trois segments : le respect de soi, le respect d’autrui et le respect envers la planète. Cette simple règle, l’antinomie même de toutes les religions qui se perdent en métaphores et en je ne sais quelles balivernes, pourrait unir tous les hommes et toutes les femmes, sans les confondre, sans les opposer. Les valeurs humaines…, une urgence dans notre système d’éducation. Une urgence partout dans le monde.

À mon opinion, les sociétés de l’homme se porteront mieux lorsque nous abandonnerons les termes obsolescents que sont les mots musulman, juif et chrétien, qui ne servent qu’à maintenir les distinctions. L’humanité est encore sous libération conditionnelle ; elle aura fait un grand pas lorsque nous aurons tous relégué les religions à l’Histoire de l’homme, et qu’elles ne seront plus que de vieux souvenirs exposés dans les musées.

Par le passé, d’innombrables vaticinateurs ont tenté d’expliquer la Vie, d’expliquer Dieu, pour réaliser que nous parlions tous de la même chose. Pourquoi alors perdre notre âme à déblatérer sur la question ? Réduisons-les à la plus simple expression, ces religions, ces croyances, peu importe ce qu’elles sont, et pratiquons-les de l’intérieur. D’ailleurs, le vrai respect de Dieu, ne se passe-t-il pas à l’intérieur de soi, dans la tête, dans le cœur ?

Et pour ceux qui pointent le crucifix et qui s’en servent comme argument, laissez-moi vous dire que vous êtes plus sournois que je ne l’aurais cru. Avec ce comportement, vous confirmez avoir reçu de notre part bien plus que ce que vous ne méritez. Il est temps que cela cesse. Vous défiez même la définition du dictionnaire qui dit qu’un accommodement est un arrangement à l’amiable. Je ne vois plus rien d’amical dans vos revendications. Vous ne pouvez pas utiliser nos propres valeurs, même en voie de disparition, pour vous tirer d’affaire. Nous ferons l’abandon de notre religion à notre rythme. Quant à votre culture, nous sommes preneurs, sans problème. Mais pour votre religion, c’est un non définitif. Nous avons un pays laïc qui parfois traîne sa soutane, nous le savons, mais nous ne laisserons pas les caprices religieux des autres nous ramener en arrière. Pas davantage, en tout cas.

Gouvernants, citoyens, ne lâchez pas, le temps des accommodements déraisonnables est terminé.

C’était l’opinion d’un nobody – Constant Vanier

Publié le 22 octobre 2013.

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