Êtes-vous fier d’être Québécois ?

Ce que j’aime de la façon de s’exprimer chez les Québécois est que lorsqu’ils s’apprêtent à utiliser un mot mal assimilé ils le substituent aussitôt à un autre. Mieux encore, dans leur mémoire ils le mettent de côté pour subséquemment le vérifier dans un dictionnaire. Cela doit être la raison pour laquelle notre français est si bon.

Mais que m’arrive-t-il ? Je mêle rêve et réalité. Parce qu’au Québec la manière de s’exprimer est, généralement parlant, le dernier de nos soucis. Chez nous, les fautes élémentaires, impropriétés, solécismes, vulgarismes et barbarismes sont monnaie courante, et personne ne semble se soucier de cet état de fait. Bien au contraire, nous pratiquons, cultivons et encensons ce mal parlé, que ce soit dans la rue, dans nos séries télévisées, nos productions cinématographiques, nos publicités, partout on encourage cette mauvaise habitude que nous qualifions de langue québécoise. Si mal que même nos chefs d’antenne et nos annonceurs télé sont contaminés. Contaminés entre autres par cet agaçant mot qu’est le « là » et que nous ajoutons à la fin de toute phrase ou tout mot. C’est quoi cette façon de s’exprimer ? Notre identité ?

Je parle ici non pas de notre accent, mais plutôt de cette paresse dont nous faisons preuve envers notre langue. Une langue si belle et si riche pourtant. Écoutez avec plus d’attention et vous verrez. Vous entendrez les erreurs monumentales qui se répètent jour après jour. Écoutez les adultes ne pas se corriger, les jeunes parler au quotidien. D’ailleurs, comment se fait-il que ces derniers, sortant même de l’école, puissent en arriver à si mal s’exprimer ? La grammaire utilisée au Québec serait-elle différente de celle en France ? Bon Dieu, qu’apprennent-ils dans leur classe de français ?

L’exemple qui me vient à l’esprit est l’édition 2010 (et toutes les précédentes) d’Occupation double, parce que représentative de nos jeunes adultes. Les fautes de français énormes, voire gênantes, s’accumulaient à chaque phrase, pour ne pas dire à chaque mot. Et pour ceux que la télé n’intéressent pas, écoutez autour de vous, remarquez, vous constaterez. Et s’il-vous-plaît, ne confondez pas manière de parler et ignorance du français.

Si l’on se compare aux Français de France, nous faisons piètre figure. Sauf que beaucoup se justifient en prétextant qu’ils ne sont guère mieux, qu’ils utilisent à profusion les anglicismes. Mais c’est Québécois tout craché ça, on justifie nos erreurs par celles des autres. Chose certaine, si nous discréditons les Français pour cette mauvaise tendance, nous aurions tout intérêt à connaître notre langue comment ils la connaissent. Écouter un Français s’exprimer, aussi jeune soit-il, c’est comme une bouffée d’air frais se jetant sur notre langue dite québécoise. Vous ne me croyez pas ? Allez passer un peu de temps à l’étranger, et dans un restaurant, un bistro ou sur une plage laissez-vous surprendre par une bande de Québécois qui arrive en trombe. Pas très joli, ce langage massacré, cette langue gaspillée. C’est à se rentrer la tête sous la table.

Aussi, que dire de cet idiome que l’on retrouve sur l’Internet ? Apparemment pour des raisons d’économies de temps, certes les contractions et les apocopes sont courantes, mais cela ne justifie en rien les fautes de français qui y pullulent. Continuons de favoriser l’empressement et l’indifférence envers notre langue, nous réussirons bien à la faire disparaître.

Ne vous méprenez pas. Notre langue québécoise, quelle belle parlure ! Originale et typique à n’en pas douter. Sauf qu’il ne faudrait pas confondre expression orale et méconnaissance. Et c’est là que le bât blesse. Car si nous nous entêtons à ne pas admettre ce défaut, l’un des plus nuisibles à notre identité nationale selon moi, bientôt il ne sera plus possible de renverser la vapeur.

Pourtant, nous en sommes capables… Ce à quoi je rêve, par un système d’éducation consciencieux et efficace et des parents qui corrigeraient leurs enfants, est que l’on puisse un jour s’exprimer avec le français que l’on retrouve dans la traduction de films, « dubbed in Quebec », comme disent les Américains. Imaginez un peu Le Seigneur des Anneaux traduit en québécois de la rue, Alexandre le Grand, ou encore La vie est belle de Fellini. Ça serait un vrai désastre.

Qui dit indifférence envers sa langue, dit indifférence envers sa culture, par conséquent sa propre identité. Pas surprenant que l’on ait tant de difficultés à se faire respecter, l’on ne se respecte même pas soi-même.

Enfin, bien que nous possédions tout pour devenir une société exemplaire, nous en sommes très loin. Surtout si je considère d’autres aspects tels que notre lenteur à respecter l’environnement, à assimiler un esprit écologique, notre consumérisme compulsif, notre engouement pour la pharmacologie au détriment d’une simple et naturelle alimentation. Par-dessus le tas, la négligence et l’irrespect envers notre langue française.

Alors suis-je fier d’être Québécois ? Non.

Et vous, l’êtes-vous ?

C’était l’opinion d’un nobody – Constant Vanier

Publié le 1 février 2011.

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