Gourvenés par des crétins et des imbéciles

Je vous le concède d’entrée de jeu, le titre de cet article devait être Gouvernés par des incompétents. Sauf qu’à regarder de plus près les ratés successifs de notre bon gouvernement québécois, les mots me sont venus naturellement. Certes, ils leur arrivent de poser de bons gestes, mais la finalité d’une chose restera toujours le meilleur baromètre pour évaluer une situation, et les finalités québécoises dans bien des domaines gouvernementaux sont désastreuses. Au Québec, bien que les citoyens puissent nager dans le bonheur d’un « pays » qui se targue de sa qualité de vie, tout ne tient que de justesse.

N’importe quel citoyen qui observe les agissements gouvernementaux de près se rend vite compte que nous ne planons guère dans la haute lumière. Lorsque nous considérons les idées qui émanent des différents ministères à travers les médias, que nous regardons derrière les acrobaties éreintantes auxquelles ils se prêtent pour bien paraître ou encore si nous jetons de la lumière sur le labyrinthe systémique, alors là, nous plongeons carrément dans l’absurde. Dans l’antichambre de la société québécoise, on trame. à l’intérieur de cette complexe machine gouvernementale (que nous avons nous-mêmes édifiée d’ailleurs) on chuchote dans l’ombre, on traîne dans les coins, on rase les murs. À ce point, nous pataugeons dans les égouts administratifs de notre société.

Tout cela dans le seul but non pas d’améliorer la société, mais plutôt de satisfaire le citoyen dans son confort quotidien, et peu importe où tout cela nous mènera. Nos politiciens favorisent sans vergogne une vision électoraliste de court terme. L’efficacité gouvernementale est une chose qui, selon toute vraisemblance, leur est inaccessible. Commission d’enquête par-dessus commission d’enquête, des millions de dollars dépensés, avançons-nous pour autant ?

Dette – Une fois de plus, le point principal qui retient mon attention est la dette provinciale. Un trou béant qui déjà en 2004 était de l’ordre de 111,5 milliards de dollars et qui aujourd’hui dépasse les 261 milliards, soit une augmentation de 234 % en une décennie. Une aberration indicible. Et même si certains analystes expliqueront que cette dette est justifiable et comparativement acceptable, la réalité n’est pas moins inquiétante. En début 2013, le Québec était au 5e rang des peuples industrialisés les plus endettés.

Voyez la dette du Québec en direct : www.iedm.org/fr

Déficit – Quant au déficit zéro dont ils nous parlent à chacun des budgets, voilà une belle subtilité pour détourner l’attention des citoyens d’une réalité désastreuse, celle justement de la dette totale des Québécois. L’objectif du « déficit zéro » sur lequel ils semblent si durement travailler (sans jamais l’atteindre) n’est que de la fumée. En effet, ces mots « déficit zéro » ne réfèrent qu’à l’année en cours, signifiant que s’ils en sont capables, ils éviteront que les dépenses ne dépassent les revenus. Or, ils n’y arrivent jamais, et le trou béant dans nos poches continue de s’agrandir…, au rythme de onze milliards par année en moyenne.

Pour bien illustrer l’absurde de la situation et à titre de comparaison, imaginez une famille ou une entreprise qui chaque année ne respecterait pas son budget et échouerait dans le rouge… C’est pourtant ce que font nos « brillants politiciens et hauts fonctionnaires ».

À cet égard, je me demande pourquoi les journalistes ne précisent jamais cette notion déficit-dette. Voient-ils la différence ? Comprennent-ils vraiment ? Ou s’ils avalent simplement ce que le porte-parole gouvernemental leur communique ?

Pour ceux qui justifieraient la situation en soulignant que c’est pareil ailleurs, je ne peux que répondre ceci : voilà l’excuse parfaite de ceux qui ne veulent pas améliorer la situation. Qui ne voient pas que nous avons tous les moyens de changer les choses, mais qui baissent les bras et qui se laissent innocemment emporter par le syndrome « j’accepte ».

Enfin, un message pour les ministres qui présentent le budget provincial : vous devriez abandonner cette stupide tradition qu’est celle de vous acheter des chaussures neuves. Commencez par bien administrer nos argents avant de célébrer quoi que ce soit, car c’est là une insulte que vous nous lancez à tout coup en plein visage.

Santé – Le ministère de la Santé est toujours le plus gros de nos boulets. Ce dernier à lui seul représente 42 % du budget provincial. QUARANTE-DEUX POUR CENT ! Une absurdité totale. Il est aujourd’hui évident que ce système favorise les pharmaceutiques, qu’il encourage les médecins à procéder de la sorte, puisqu’il est focalisé non pas sur le bien-être des gens, mais plutôt sur comment leur vendre un peu plus de médicaments à chaque visite.

Un système de Santé basé réellement sur le bien-être de la population est celui qui connaît et applique l’équation naturelle et fondamentale de la vie. Je nomme ici l’intime relation qui existe entre habitudes alimentaires et santé. Or, cette équation, bien galvaudée et irritante aux oreilles de plusieurs (malheureusement), ne figure même pas dans les livres universitaires : ce type de cours étant absent des études en médecine. « Je suis médecin, je soigne les gens lorsqu’ils sont malades, pourquoi me soucierais-je de ce que mange mes patients ? » Ne voyez-vous donc pas le paradoxe ? Pourquoi les appeler les « professionnels de la santé », alors, lorsqu’ils sont plutôt des professionnels de la prescription ?

Pendant que la science médicale cherche à éradiquer les maladies, la population québécoise (et celles du monde entier) ne respecte pas l’équation de base… Comment faire pour que les gens soient plus conscients de la valeur de leur santé et plus responsables ? Pourquoi ne pas attribuer à ceux et celles qui la négligent le coût d’une telle irresponsabilité ? Sans aller jusqu’à l’expulsion comme le fait la Nouvelle-Zélande, il serait très avantageux de la leur faire payer. Je suis donc en faveur de l’utilisateur-payeur. Une minime somme de cinq dollars par « clic-clic » rapporterait des milliards de dollars au trésor public. Une règle que nos politiciens laxistes se refusent d’appliquer, mais aussi une règle que les citoyens ne veulent pas entendre. Et pourtant un système universel comme le nôtre se définit d’abord par son universalité : c’est-à-dire qu’une minorité est supportée par la majorité. Or, une minorité (souffrant d’embonpoint) de 35 % commence à moins ressembler à minorité. Du coup, le caractère universel de notre « super système » va chez le diable.

Enfin, bien qu’à mes yeux la dette québécoise ne soit pas l’affaire d’un parti ou d’un seul mandat, il n’est pas inutile de mentionner que le duo Charest/Couillard fut au contrôle, l’un de la province, l’autre de la Santé, entre 2003 et 2008. Une période où la dette québécoise a carrément explosé.

Éducation – À mes yeux et à celui de bien des spécialistes en la matière, la solution au problème de la Santé (et de bien d’autres ministères) ne peut que passer par l’Éducation. Une Éducation de qualité qui engloberait dès le primaire des cours tels que : valeurs humaines, cuisine, jardinage (urbain), pour ne nommer que ceux-là. Que ces trois thèmes feraient toute une différence sur nos futurs citoyens. Celui des valeurs humaines, surtout.

Santé vs Éducation – Ces deux ministères sont en fait le paradoxe de notre société. Ils devraient montrer les chiffres inverses, soient 42 % des dépenses pour l’éducation et 22 % pour la Santé. Pourquoi ? Simplement parce qu’un citoyen bien structuré intellectuellement serait à coup sûr plus responsable, plus respectueux de lui-même et de la planète. Aussi plus vigilant. Et surtout plus solide et moins manipulable face aux envahissantes publicités commerciales. Enfin, il serait « moins accroché », moins dépendant des médicaments puisqu’il saurait que sa santé dépend d’abord et avant tout de son rythme de vie, et non des médicaments ajoutés à de très mauvaises habitudes alimentaires. C’est pourtant là exactement ce que font la majorité des gens, et des médecins généralistes.

L’application systématique de médicaments au détriment de la vraie solution est une cause perdue. Une société qui applique cette méthode est sans avenir. L’assurance maladie au Québec porte très bien son nom, elle assure non pas la santé, mais le maintien des maladies et l’application systématique de médicaments ; c’est l’assurance que les pharmaceutiques en vendront toujours plus.

Transports – Le ministère des Transports… Je ne mentionnerai que ces mots : échangeur Turcot, pont Champlain, tunnel Hippolyte-Lafontaine et l’état du réseau routier québécois dans son ensemble…

Taxes – Quand on pense que les Québécois paient 15 % de taxes sur la consommation et que le gouvernement n’arrive toujours pas à équilibrer le budget (au déficit zéro), cela relève de l’incompétence notoire. Aucune entreprise administrée comme telle ne survivrait. Et pourtant, à chaque cycle annuel qui passe, nous continuons de nous enfoncer de 11 milliards de dollars. À ces taxes, si nous ajoutons les impôts (à double palier) que nous payons, chacun des citoyens travaille en fait pour 0,25 cent sur son dollar, remettant ainsi à l’état soixante-quinze pour cent (75 %) de son labeur. Vous y voyez de la bonne gouvernance, vous ?

Langue – Les Québécois sont fiers de ce qu’ils n’ont pas ou ne sont pas. Contrairement à la croyance populaire, ils n’ont pas de langue véritable : le québécois ne pouvant certes pas être considéré comme une langue à apprendre, encore moins à enseigner. Avons-nous dans nos écoles une grammaire française si différente de celle de la France ? J’ose espérer que vous aurez compris qu’ici je ne parle pas d’accent. Dites-moi alors pourquoi nos enfants au sortir de l’école (les adultes plus tard) s’expriment couramment avec autant de fautes grossières. Pourquoi ont-ils la plus grande difficulté à s’exprimer avec des phrases complètes, concises ? De plus, et tout bien réfléchi, comment peut-on promouvoir une langue maternelle si mal assimilée ? Le français qui à mes yeux est si beau et si riche. Comment prétendre que ce mauvais parler est une langue ? Comment peut-on ensuite le promouvoir avec fierté ?

Pas de langue, pas de respect envers soi-même ou envers nos enfants (on les laisse s’exprimer avec un français pourri sans même les corriger lorsqu’il est encore temps). Pas de langue, pas de respect de la part des autres, pas d’identité, pas de pays – c’est bien là que nous sommes rendus, non ? Non seulement nous sommes fiers d’être des ignorants de notre langue maternelle et d’utiliser ce parler médiocre, beaucoup ont le culot de le protéger.

Je sais que ce chapitre de mes constats n’a pas la cote. Sauf que si vous deviez apprendre une langue étrangère, le feriez-vous avec des fautes ou du mieux que vous le pouvez ? Alors, pourquoi négliger notre propre langue maternelle de la sorte ?

Religion – …Une véritable éducation, saine et de qualité, engloberait dès le primaire un cours sur ces valeurs humaines dont je parlais (en remplacement de tout enseignement religieux). Ne croyez-vous pas qu’il est tout à fait possible d’enseigner des valeurs humaines affranchies de toutes pensées religieuses ? Une humanité qui se respecte, qui respecte la Vie (dénominateur commun à tous et à toutes, contrairement aux religions, quelle qu’elle soit) est celle qui pense et agit en fonction d’elle-même, sans arrogance ni prétention. Mais aussi en fonction de cette vie (le moment présent – la seule vraie réalité) et qui fait tout en son pouvoir pour améliorer les conditions de vie de l’ensemble des habitants de cette planète, sans s’empêtrer dans un délire de croyances inutiles.

Les religions étant insolubles par définition, au Québec (ou ailleurs), l’accumulation d’accommodements raisonnables ne peut que nous ramener vers une tour de Babel. Autrement dit, vers un cul-de-sac.

Répartition des revenus – En 2012, sur un budget total de 65,4 milliards en revenus, 33,7 milliards venaient des contribuables (impôt et taxes à la consommation incluses) comparativement à 3 milliards venant des sociétés (www.radio-canada.ca). Vous y voyez un équilibre, vous ? Si le gouvernement mettait autant de zèle à récupérer les impôts des grandes entreprises qu’ils le font pour le simple contribuable, nous obtiendrions un meilleur équilibre et une meilleure efficacité.

Répartition des dépenses – La Santé à 29 milliards (42% du budget total) et l’éducation à 15,5 milliards (22 %)… C’est normal, direz-vous, que nous investissions davantage en santé. Eh bien, sachez que non. Si vous êtes de cet avis, c’est que le système a réussi à vous convaincre.

Enfin, dans notre bon gouvernement il existe certes de bons candidats, bien intentionnés et décidés. Au départ, du moins. Car il semble bien que chacun d’eux (ou d’elles) devienne au fil du temps soit assimilé soit rejeté. Quand je constate que l’une des façons que nos « brillants dirigeants » ont pour combattre l’adversité entre partie est d’expulser du caucus les atouts qui pourraient faire la différence pour la population, je rage. Le vrai devoir d’un gouvernement responsable et solide n’est-il pourtant pas celui de conserver l’équilibre ? D’améliorer la qualité de vie des citoyens ?

Sommes-nous gouvernés par des crétins et des imbéciles ? À tout le moins par des incompétents faibles et manipulables.

Conclusion – Il va sans dire que je ne peux me permettre une telle critique sans à tout le moins soumettre des solutions. Si toutefois elles existent. La première est de laisser passer le temps jusqu’à ce que le citoyen moyen en ait marre et qu’il se soulève. L’autre, malgré la réticence qu’elle peut engendrer, est de provoquer immédiatement une révolution, en se solidarisant pour obliger nos gouvernants à réagir. Petit hic dans cette possibilité : comment des citoyens de moins en moins responsables, des moins en moins forts intellectuellement peuvent-ils se tenir debout face à l’aberration ?

Matière à discuter, matière à cogiter.

C’était l’opinion d’un nobody – Constant Vanier

Publié le 3 mars 2014.

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