La conscience moderne

Un aspect de nos sociétés actuelles qui souvent m’interpelle est celui du niveau de conscience de l’homme moderne. À savoir, sommes-nous plus réfléchis que nous l’étions, par exemple il y a cinquante ou cent ans ? Mais avant d’élaborer, il serait pertinent de se rappeler ce qui fait que la conscience humaine devrait être plus développée de nos jours. Quels sont les facteurs en jeu ? Mon instinct d’observateur m’en fait relever trois : l’éducation, le milieu familial, et bien sûr la base de tout, l’évolution naturelle.

Certes pour le Québec ça commence bien mal, puisque mon petit doigt me dit que notre système d’éducation s’est plutôt dégradé depuis quelques décennies. C’est-à-dire que les valeurs, qui guidaient nos décisions et nos actions en général, par le besoin malsain de rapidité et de productivité de l’industrialisation amplifiées par la suite par la technologie, ont disparu. Du moins, elles ont été réduites à deux critères : l’exécution rapide et la profitabilité des choses. Malheureusement, c’est notre mentalité qui a écopé. Du même coup, la qualité de notre système d’éducation.

Moins le système éducationnel d’une société est bon, moins ceux et celles qui en sortent, autrement dit les futurs parents, sont capables de guider leurs enfants. Le cercle vicieux s’étant ainsi poursuivi sur quelques générations nous récoltons aujourd’hui des citoyens moins réfléchis, moins responsables et moins conscients de leurs capacités à influencer leur milieu social ou naturel, et, également, moins aptes à modifier leurs habitudes de vie, que celles-ci se rapportent au respect de la nature, à la collectivité ou à leur propre santé. Plus on avance en technologie, semble-t-il, moins on sert de notre matière grise. Dans ce monde de modernisation, où l’on doit tout scruter, découper et disséquer pour comprendre, on semble avoir perdu une bonne partie de notre instinct, de notre gros bon sens. Notre capacité instinctive à jauger. Cette dernière, par le truchement d’un système d’éducation solide et responsable, est pourtant la caractéristique sur laquelle nous devrions intensément travailler. À vrai dire, à mes yeux, le néolibéralisme a triomphé. En bref, le néolibéralisme c’est le contrôle d’une société passant des mains du gouvernement à celles des entreprises et des industries. En d’autres termes, le pouvoir basé que sur la profitabilité des choses, sans égard aux conséquences.

La volonté gouvernementale actuelle derrière l’Éducation, contrairement à ce qu’ils prétendent, est dirigée vers la production non pas de citoyens conscients, respectueux et responsables, mais plutôt vers une population de myrmidons. Des travailleurs suffisamment instruits pour fonctionner et payer des impôts, mais intellectuellement trop faibles pour s’opposer à l’exagération, à l’abus et à l’injustice. Dans une telle spirale, il est difficile d’imaginer une solution. Pourtant, elle existe bel et bien. Heureusement, même s’ils ne sont pas majoritaires, il y a sur cette Terre des gens lucides qui constatent, réfléchissent, pour ensuite agir dans la positive. Un bel exemple est celui de l’initiative de Noémi Paymal en Amérique du Sud, et son projet Pedagooogia3000 (www.pedagooogia3000.info/web/html/web_francais.htm) qui se veut une synergie pédagogique renouvelée. Une façon de penser et de faire qui nous serait fort profitable. Si seulement nos gouvernements pouvaient montrer un tantinet soit peu de bonne volonté.

Mais voilà le hic, comment transformer un gouvernement qui n’a d’yeux que pour la rentabilité politique et économique, que pour la satisfaction de ce que j’appelle le « corporatif ». C’est là, à mon avis, que se trouve le prochain grand défi des Québécois. En fait, le défi de toutes les sociétés dites modernes, devrais-je dire. Puisqu’à regarder nos comportements sociétaux actuels, qu’il s’agisse d’irrespect envers l’environnement, de surconsommation ou de dépendance à la pharmaceutique, il est tristement nécessaire de constater (pour pouvoir s’améliorer) que la conscience moderne est loin de s’être améliorée. Car effectivement, sur nombre de thèmes, nous avalons tout ce que l’on nous présente sans dire un mot. Pis encore, les gouvernements ne semblent plus considérer l’opinion populaire.

Face à l’inertie et l’incompétence de nos gouvernements, face à la démesure et à l’avidité des grandes industries, le seul et véritable outil qui reste est la solidarité. Sauf que pour être solidaire et conscient de l’être, il faut d’abord en avoir la force. Or, à la façon dont nous avons modelé notre société depuis ces quelques décennies, cette force de caractère, par un système d’éducation désuet et inefficace, nous est plus accessible. Nous vivons donc un paradoxe.

Qui aura le dernier mot ? Le néolibéralisme et la dégradation de notre système d’éducation pour un résultat peu enviable… ou une prise de conscience subite et générale pour une réforme éducationnelle ?

C’était l’opinion d’un nobody – Constant Vanier

Publié le 23 juin 2011.

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