Le mauvais langage québécois

Faut-il bannir ou même renier le mauvais langage québécois ?

Ce message est dédié à tous les Québécois et Québécoises, mais aussi à tous les étudiants et étudiantes qui, à l’heure actuelle, sont en train d’écrire une page d’histoire. D’une revendication de frais de scolarité, ils en sont à remettre en question de bien plus profonds principes. Et ce, autant en matière d’accessibilité à l’éducation que de droits à l’expression.

Toutefois, quant à créer un tel mouvement, quant à déployer une telle force, et puisque nous en sommes tous responsables, je souhaiterais au passage que ces mêmes étudiants fassent en sorte de critiquer le mauvais français des Québécois, ainsi que la piètre qualité de notre système d’éducation. Un système pourri qui depuis au moins trois décennies est la conséquence directe d’un gouvernement inefficace et soumis aux lois de la “corporatocratie”. Une démocratie contrôlée et muselée par le haut, et dont le seul but est de créer de la main-d’oeuvre pour les grandes entreprises et industries. Ce que j’appelle la production de ” peuples myrmidons”. Des hommes et des femmes dociles et malléables à souhait. Des travailleurs consommateurs qui paient leur impôt sans avoir la force intellectuelle de s’opposer à l’injustice et à l’exagération. En ces termes, je suis le premier à me réjouir de voir que nos jeunes ont encore assez de cran pour se soulever. Bravo !

Imaginez l’effet sur notre identité. Imaginez le respect que cela commanderait. Des milliers d’étudiants qui non seulement exigeraient un meilleur système d’éducation, mais qui s’engageraient à respecter, à mieux connaître leur langue maternelle.

J’aime tellement ma langue, le français, que je souhaite vivre assez longtemps pour voir ce jour.

Il est évident que les revendications actuelles sont déjà lourdes, mais ne serait-ce pas là l’occasion idéale de corriger cette langue malade qu’est le québécois ? Il n’est certes pas normal d’apprendre une langue à l’école, et d’en parler une autre au sortir. Il faut que cela cesse. Car c’est là toute la base de notre culture, la cause même de l’incomplétude de l’identité québécoise, qu’on l’admette ou non.

Lorsqu’on devient adulte, conscient de sa langue et responsable de son langage, on ne peut que renier et bannir le langage québécois de sa vie. Parce que le québécois, comme diraient certains, c’est peut-être toute une parlure, mais cela n’a tout simplement plus d’allure. De ce mauvais parler, une inspiration m’est venue :

Je va maintenant vous parler de mononcle Léopold. Quand mononcle Léopold y’é mort, parsonne s’en douta. Parsonne se douta que ça arrivera si vite. Parce que toute sa vie, y’a toujours travaillé fort, mais y’a toujours été en forme. C’é pour ça que ç’a surpris tout le monde. Mais quand on y pense, on a-tu eu du fun à sa cabane à sucre ! À chaque printemps mononcle s’activa à préparer son érablière pour que toute la famille en profite. M’otte donner un exemple de réunion qu’on fesa : les enfants, les parents, les grands-parents, cousins, cousines, tout le monde se trouva une place dans un des traineaux à sleigh. Puis on parta faire un tour dans les sentiers qui avait défriché dans les bois de sa grande terre. Aujourd’hui, bien que ce temps est terminé, j’aimerais ben que ça existerait encore. Hey chérie, quelle heure qui’é ? Quatre heures, tois minutes. Parfa, on doit y’aller à c’t’heure. Bye.

Fin de l’inspiration.

Original, oui. Pour un monologue, pour une pièce de théâtre, mais pas dans notre quotidien. Plus dans notre quotidien. Lorsqu’on devient adulte, conscient de sa langue et responsable de son langage, non. Car persister dans cette voie serait comme admettre notre incapacité à absorber notre propre langue maternelle. Par ce petit exemple, je souligne que ce n’est pas tant notre façon de prononcer les mots que je dénigre, mais plutôt notre persistance à mal connaître notre français. Surtout, à ne pas admettre notre méconnaissance.

Nous, les Québécois, n’ayant jamais bien assimilé notre français, que ce soit par la faiblesse de nos subjonctifs (solécisme), la fréquence de nos barbarismes, le courant de nos vulgarismes, voire nos pataquès, et plus récemment la contamination langagière par le très fastidieux ” là ” que nous ajoutons à toutes phrases et à tous mots, avons fini par nous convaincre nous-mêmes.

Certes, beaucoup seront indignés par ces propos, mais ce n’est que la simple vérité. Le québécois n’est pas une langue. Du moins, tel qu’on le parle, pas une langue que l’on devrait promouvoir. Car c’est bien cela que nous faisons depuis quelques années : la promotion de notre mauvais parler. La plupart en sont même fiers (?).

Le québécois est issu du français, notre langue maternelle. Une langue si belle et si riche. Pourtant, nous nous en sommes éloignés au point de nous égarer. Tant et tellement que nous l’avons massacrée. Le québécois, à mon oreille, c’est d’abord un langage issu de l’ignorance. De nos jours, il est issu de la négligence.

Non, il n’est pas nécessaire de renier le langage qu’est le québécois, mais il faudra le bannir.

Les jeunes d’aujourd’hui, étudiants et étudiantes, bien qu’ils puissent se soulever, devraient ajouter une revendication à leur liste : exiger de ce gouvernement pourri une gratuité définitive et une qualité sans compromis dans l’éducation. Également, ils devraient montrer leur sérieux, en changeant les mauvaises habitudes et en pratiquant un français qui mérite ce nom, quel que soit le moment ou l’occasion.

Nul besoin de ces organismes masqués pour arriver à nos fins. Restons pacifiques, devenons solidaires et, surtout, bousculons les choses par une qualité langagière irréfutable.

C’était l’opinion d’un nobody – Constant Vanier

Publié le 23 mai 2012.

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