Les Québécois des consommateurs réfléchis

Les Québécois sont-ils des consommateurs réfléchis ?

Avec le temps des Fêtes qui approche à grands pas et le réflexe de la protection de l’environnement à présent bien acquis, il est important que chacun de nous s’interroge sur ses habitudes de consommation. Que vais-je acheter ? Que dois-je acheter ? Les grandes industries, qu’elles soient alimentaires, de meubles, de vêtements ou électroniques quant à elles, croient que nous devrions TOUT acheter. La vraie question à se poser serait donc « devrais-je acheter ? »

Dans une société qui se dit moderne et évoluée, je crois que nous faisons piètre figure en termes de consommation, puisque sous plusieurs aspects les Québécois sont, malheureusement, des « machines à consommer ». A-t-on besoin d’autres statistiques pour le croire ? Un oeil attentif suffit pourtant pour le voir. Mais puisqu’il le faut, je me plierai à quelques-unes, en soulevant de la consommation que trois facettes, celle de l’eau embouteillée, des cellulaires et, puisque nous y sommes, de la frénésie commerciale entourant la Fête de Noël.

D’abord les bouteilles de plastique contenant cette eau si précieuse. Saviez-vous qu’en 1990, le marché mondial produisait 7,5 milliards de litres d’eau embouteillée, et qu’en 2003 ce chiffre explosait à 137 milliards ? Malgré le danger global de commercialiser l’eau, il est évident que les consommateurs n’ont rien saisi de l’instinct écologique, puisqu’en 2007 ce sont 188,8 milliards de litres (www.ecosynthese.com) que l’industrie de l’eau produisait mondialement (un (1) milliard au Québec). Quel curieux phénomène que cette eau embouteillée ! Et que les géants de la bouteille de plastique exploitent avec la plus grande joie. D’autant plus curieux que les citoyens se plaignent souvent du prix d’un litre d’essence, mais ne bronchent pas d’un poil devant le fait de payer un litre d’eau embouteillée entre 500 et 6000 fois plus cher que celle du robinet. Étonnant, non ? Sauf que la question qui suit immédiatement n’est pas moins troublante : après consommation, qu’arrive-t-il à ces milliards de bouteilles de plastique ? À mon avis, c’est là que le mot recyclage perd tout son sens. On aura beau recycler, si l’on ne freine pas notre consommation, on n’y arrivera pas. Aussi, comment préserver cette ressource si vitale lorsque les gouvernements eux-mêmes, canadien et québécois, parlent du commerce de l’eau comme une industrie florissante ? S’en remettre à la conscience citoyenne ?

Qu’on se le dise : « Le commerce de l’eau, c’est une catastophe ! »

En second point, les fameux cellulaires. Selon le cabinet Strategy Analytics, en 2006 seulement, 2 milliards de cellulaires ont été vendus mondialement. Une course dont le champion est le constructeur nippo-suédois Sony Ericsson. Une course dont les conséquences écologiques ne sont que, dans mon langage, pathétiquement prévisibles. À ce rythme, il faudra peu de temps pour que chaque individu sur Terre possède au moins un cellulaire. Imaginez un peu la situation, chaque être humain ayant en sa possession ce petit appareil électronique. Je vois déjà la prochaine étape ; la greffe d’un cellulaire ultra miniaturisé derrière l’oreille. Serais-je en train de me perdre dans des délires fictifs ? Pas certain. À ce point, aussi bien vous épargnez le discours des conséquences sur les relations humaines. Enfin, c’est difficile à croire, un instrument si extraordinaire du point de vue de la technologie, mais qui, encore une fois, est mené vers un extrême négatif, vers un déséquilibre, par nous les hommes, l’espèce la plus évoluée. Question : a-t-on vraiment besoin que chacun possède le sien ? Qui gagnera la course, la cupidité des constructeurs de cellulaires ou la discipline mentale du consommateur ?

Troisième et dernier point, la frénésie commerciale de Noël. En 2006, les Canadiens ont dépensé 2 milliards de dollars en la seule journée de l’Après-Noël (Boxing day). Les Québécois, 367 millions. Cela sans même considérer les dépenses faites avant les Fêtes, dépenses encore plus déraisonnables et qui, selon le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), atteindront 2,26 milliards $ pour l’ensemble des Fêtes en 2010. Dire que certains parlent d’une lueur d’espoir à l’horizon, d’un changement de mentalité envers la consommation, envers des habitudes qui refléteraient davantage l’instinct écologique. Instinct qui, avouons-le, est loin d’être acquis. De nos jours, on ne parle plus de la Nativité selon Luc ou selon Matthieu, mais plutôt selon Best Buy.

D’autre part, comment résister à tout ce bombardement publicitaire qui envahit notre télévision, nos journaux, nos vies ? Un consommateur averti n’est-il pas celui qui résiste ? Mais sommes-nous si avertis qu’on le prétend ? Pauvres de nous, pauvres consommateurs ! Il est vrai que lorsqu’on nous harcèle à longueur de journée il devient impossible de résister. Oh ! il y a bien parmi la foule des moments de réflexion, de retenue, mais ils sont trop clairsemés pour nous déclarer réfléchis. Non, en fait il faut bien l’admettre, les Québécois sont des consommateurs avides et irréfléchis. Et en effet, à ce rythme, on n’y arrivera pas. Je sais, aux yeux des « fin-fin-la-mouches » en m’exprimant ainsi j’aurai tout l’air d’un prophète de malheur. N’empêche que pour trouver l’équilibre entre écologie et consommation la question demeure toujours : afin d’arriver à des habitudes raisonnables, comment faire pour obtenir du consommateur une réflexion lucide, une réaction immédiate à ce délire mercantile ?

C’était l’opinion d’un nobody – Constant Vanier

Publié le 25 novembre 2010.

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