L’homme contemporain : moderne et primitif

Pour la Noël 2012, ma conjointe et moi avions décidé de nous payer un p’tit cadeau dont nous rêvions depuis un certain temps : le coffret de La Planète des singes. Un film sorti en 1967 et après lequel quatre autres films suivirent jusqu’en 1973, toujours du même producteur ; Arthur P. Jacobs. Un scénario qui fut très populaire et qui frappa l’imaginaire de plusieurs. De penser qu’il pourrait y avoir un jour une espèce animale qui surpasserait l’homme en matière de pouvoir était certes original et avant-gardiste. Ce fut donc avec excitation que nous revisitâmes le tout.

Après quelque six jours seulement nous terminions de revoir la série iconique, que nous n’avions jamais visionnée depuis quarante-cinq ans d’ailleurs. Curieusement, le sentiment que j’éprouvai après cette écoute en rafale en fut un de déception et de contrariété. Non pas que l’histoire de Jacobs était inintéressante ou ses films ratés, pas du tout. Certes, le scénario n’avait rien d’un roman complexe, les effets spéciaux rien de l’ère technologique. Mais rien de tout cela n’est décevant. C’est plutôt de revoir les cinq films avec une perspective d’une cinquantaine d’années qui m’ont dérangé. Dans les années soixante et soixante-dix, la plupart d’entre nous imaginaient l’an deux mille comme une sorte d’apogée du modernisme. Un monde évolué, meilleur. L’an deux mille, c’était des automobiles sans roues ni volant qui flotteraient à quelques centimètres du sol ; c’était des appareils de communications sophistiqués dans le creux de la main ; c’était des vaisseaux spatiaux et des voyages intersidéraux desquels nous découvririons peut-être l’existence d’extraterrestres. À la limite, l’an deux mille, avec toute cette technologie à portée de main (et un souhaitable recul des religions), c’était l’approche d’une harmonie mondiale.

Aujourd’hui, nous sommes loin du compte. Très loin.

Si j’arrêtais ma comparaison ici, cela n’aurait pas valu l’effort de l’article. Ce que je constate donc et qui me frustre, par cette perspective longue d’un demi-siècle, est la redondance de l’homme : dans sa domination sur l’homme, sur son environnement, et sur tout ce qui l’entoure. Mais aussi son irrespect envers la nature, par une surconsommation débridée dont les résidus, impossibles à recycler (à l’extrême, même le recyclage n’est plus une solution), viendront bientôt affecter davantage l’équilibre de la planète. Viendront accentuer le dérèglement climatique que bon nombre refusent d’admettre pendant que certains climatologues, les yeux rivés sur leurs appareils électroniques, les citoyens sur leur téléphone intelligent, sont déconnectés d’une nature qui pourtant dépérit à vue d’oeil.

Le comportement de l’homme en 2012…, quelle déception ! Les pays autour du monde, développés ou non, sont soit en perdition, soit encore en guerre de religion.

Je vois plusieurs coupables. En fait, nous le sommes tous. Des exploiteurs dont l’avidité ne lâche pas, des exploités qui se moulent de plus en plus aux exigences des exploiteurs et des politiques souffrant de laxisme et de pusillanimité maladives. Un monde loin de l’harmonie imaginée il y a cinquante ans. L’homme investit dans tous les domaines possibles, sauf dans celui qui pourrait faire une réelle différence : l’éducation ; pour obtenir au final des sociétés qui formeraient des citoyens avertis, présents d’esprit, respectueux d’eux-mêmes, de leurs semblables et de la nature. Autonomes et impossible à influencer du point de vue commercial.

Oh oui ! Nous sommes certes modernes. Même si nos voitures ne flottent pas, même si les voyages intersidéraux réfèrent encore à la science-fiction, j’aurais pourtant cru à une humanité accrue. Hélas non. J’irai jusqu’à dire, malheureusement, que la technologie nous abrutit. Plus les années passent et plus je constate une déshumanisation de l’être humain. Plus modernes que jamais dans notre quotidien, nous continuons de négliger notre psychisme. Notre façon de faire les choses n’a que trop peu évolué. Notre façon de penser et de diriger ce monde est demeurée primitive.

Je dérape, pensez-vous. Quel est celui qui dérape ; celui qui dénonce constructivement un monde à améliorer ou celui qui ne veut pas admettre la mauvaise pente sur laquelle nous avons mis le pied ?

En effet, si nous voulions vraiment modifier le scénario redondant de l’évolution de l’homme, il faudrait d’abord que chacun puisse changer sa façon d’agir, car l’humanité, la collectivité, jamais ne saurait être différente de ses composantes. C’est bel et bien un cercle vicieux dans lequel l’homme s’est piégé.

Enfin, planète des singes ou des hommes, quelque chose ne tourne pas rond chez l’humain. Et si je me rappelle une phrase du célèbre auteur H.G. Wells qui concluait son roman La guerre des mondes : « …et ce droit (de vivre) est le nôtre contre tout agresseur, car les hommes jamais ne vivent ni ne meurent en vain. », j’y vois la plus grande fausseté jamais prononcée. Car, oui, les hommes vivent et meurent toujours en vain (d’humanité). C’est du moins ce que je constate durant ma vie d’homme.

En conclusion, aurons-nous un jour la force caractérielle de changer les choses pour le meilleur ? C’est l’avenir (pas si lointain) qui le dira.

C’était l’opinion d’un nobody – Constant Vanier

Publié le 4 janvier 2013.

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