Parlons-nous français ou québécois ?

Cet article est dédié au ministre de l’Éducation et ses prédécesseurs. Mais aussi à tous ceux et celles qui se disent fiers de parler québécois et qui s’expriment comme des ignorants de leur langue.

D’abord une question : la grammaire utilisée dans nos écoles est-elle la même que celle utilisée en France ? Puis une deuxième : pourquoi les jeunes, sortant tout juste de l’école, disent-ils « je va » au lieu de « je vais » ? Pourquoi disent-ils « Ça m’a turner off ? », pendant que « ça m’a rebuté » est français et bougrement plus joli. Pourquoi omettent-ils la plupart des subjonctifs ? Comment se fait-il qu’ils aient toute la difficulté du monde à construire des phrases complètes ? Pourquoi usent-ils de tant d’anglicismes alors que le français recèle de richesses grammaticales et étymologiques incroyables ? Pour se donner du style ? Vous verrez les conséquences lorsque votre langue que vous n’avez jamais pris la peine de bien apprendre aura été assimilée. Vous semblez oublier est qu’il y a chez nous une seconde langue dont les usagers ne demandent pas mieux que de prendre toute la place. Vous direz quoi de votre identité québécoise, ce jour-là ? D’ailleurs, qu’en est-il de cette identité, aujourd’hui ?

Toujours ces jeunes Québécois, pourquoi font-ils tant d’erreurs alors qu’ils finissent à peine leurs leçons ? Une majorité aurait-elle échoué aux examens de français ? Les cours de français dans nos écoles sont-ils réellement si inefficaces ?

Autre interrogation : pourquoi un simple mendiant français s’exprime-t-il mieux que le commun des Québécois ? À cette question, j’entends déjà les répliques : « Maudits français, y sont pas mieux que nous, y sont plein d’anglicismes avec leur langue pointue. » C’est justement là que la nature du Québécois ressort. Il pointe l’erreur d’autrui pour justifier la sienne. Les français de France parlent peut-être avec un accent particulier, peut-être prennent-ils plus de temps pour exprimer une idée qui en québécois se résumerait en deux ou trois mots incluant un sacre. Mais j’aime un million de fois plus cette façon de faire qui exige temps, connaissances et respect envers sa langue maternelle que ce langage populaire,  ce dialecte d’ignares que nous avons développé. Le pire de cette situation problématique, ma damnation, est de voir que vous en êtes fiers, que vous encensez ce « parler tout croche » qu’est le québécois, et que vous faites même la promotion. Quelle déchéance, quelle perte !

<À ce point, j’ose croire que vous aurez compris que je ne parle pas de notre accent, mais bien de notre piètre connaissance du français. Et lorsqu’à l’occasion j’attends des Québécois ou Québécoises s’exprimer avec un langage soigné où l’on sent un respect envers cette très belle langue, je suis soulagé.

Dans toutes les situations, lorsque le besoin se fait sentir, nous corrigeons illico notre élocution. Du moins, nous tentons d’y arriver. Pourquoi alors ne pas travailler la base ? À travers un système d’éducation renouvelé, à travers des parents soucieux de la qualité d’expression de leurs propres enfants ?

En cinématographie, pour ne prendre que cet exemple, imaginez un peu ce que donneraient les grands classiques tel que La vie est belle de Frederico Fellini traduit en québécois. Ou encore les péplums et épopées  hollywoodiennes comme Le Seigneur des anneaux, Alexandre le Grand et tous les autres.  Pensons à La passion du Christ pour la Pâques ou le temps des Fêtes avec un Casse-Noisette en québécois. Cela sonnerait bien à vos oreilles ? Non, ce langage d’entêtés est une calamité pour notre identité, une menace pour notre futur.

Ne me dites pas que c’est l’influence américaine. Ne me dites pas que c’est notre façon de nous exprimer. Ne me dites pas que c’est l’évolution naturelle de notre langue. Non ! Car tout cela est un beau prétexte à votre paresse, à votre incuriosité, en ne vous donnant pas même la peine de vérifier dans un dictionnaire ou dans une grammaire lorsque vous trébuchez sur un mot, ou une phrase. Eh bien non, pensez-vous selon toute  vraisemblance, ces bouquins, c’était lorsque j’étais à la p’tite école. Aujourd’hui, je suis grand et je m’exprime comme je veux. – C’est ça mon identité. Voilà le discours que nous tenons pour justifier notre paresse langagière.

Ce mauvais parlé…, notre identité ? Mon œil ! Tout ce que vous réussissez à faire, c’est perpétuer sa dégradation.

Si le système d’éducation fait tant défaut, pourquoi ne pas faire en sorte de le changer ? Pourquoi les gens ne réagissent-ils pas ? N’y mettent-ils pas la pression ? Pourquoi les politiciens, depuis des décennies, font-ils la sourde oreille ? Et bien qu’ils prétendent le contraire, pourquoi demeurent-ils amorphes devant tant de pauvreté langagière ?

Devant tant d’irrespect envers notre propre langue, pas surprenant que les Anglais aient eu si peu de respect envers nous. En aient encore si peu. Non, au Québec, ce n’est pas « icitte on parle frança », mais bien « ici nous parlons français. Et nous sommes les fiers cousins d’un peuple qui, malgré tous les dangers qui guettent aussi leur langue, évolue dans une syntaxe qui se tient debout. » Voilà le discours que nous devrions tenir, au lieu de nous enfoncer dans un marasme langagier dépourvu d’avenir.

C’était l’opinion d’un nobody – Constant Vanier

Publié le 10 novembre 2013.

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