RIP Bloc Québécois

Le titre initial de cet article devait être « Le français au Québec, une langue moribonde. », mais puisque le résultat des récentes élections fédérales m’en a donné l’occasion, j’amalgamerai les deux idées.

En effet, depuis le 2 mai dernier, on peut dire Requiescat in pace Bloc québécois. Oui, le parti qui depuis des décennies s’était imparti la tâche de sauver le Québec est bel et bien mort. Et ce sont les gros joueurs du monde corporatif qui doivent jubiler. « Une épingle de moins dans le pied », doivent-ils se dire. Car tout le monde le sait, honnêtement, quel chef d’entreprise voudrait se séparer du Canada pour faire fleurir ses affaires ?

D’ailleurs avec des mots comme séparation qui rime avec sacrifice et souveraineté qui bien malgré l’aspirant rime avec affrontement, quel néo-québécois voterait dans un tel sens ? La face du Québec au cours des décennies a carrément changé. Notre ouverture, celle de notre gouvernement, a fait en sorte de favoriser l’immigration et d’ouvrir les portes toutes grandes à quiconque voulait s’établir chez nous. Je n’ai rien contre le multiculturalisme, bien au contraire. Mis à part les différences religieuses qui, deux mille ans plus tard, semblent encore coller à la peau de plusieurs, il est le reflet de la société future que j’idéalise, et qui inclut nombre d’ethnies vivant côte à côte en parfaite harmonie. Sauf que cette toile néo-québécoise n’a plus rien à voir avec les idéaux d’il y a quarante ans. Surtout, elle n’a aucune raison d’y adhérer.

Je dois admettre toutefois que je fus agréablement surpris de la réaction de l’ensemble des Québécois. Moi qui ai l’habitude de dire que la solidarité au Québec, ça n’existe pas, ou plutôt qu’elle existe que lors des fêtes de la St-Jean ou dans les annonces de bières, mes concitoyens en cette journée de vote m’ont bien fait mentir. Avec cette vague orange, qui d’un côté signifiait que le Bloc québécois n’avait rien de concret ou d’utile à offrir, de l’autre que nous étions saturés de l’impertinence et l’arrogance de monsieur Harper, le message fut lancé haut et fort. Et j’en fus le premier surpris. Bien que je m’explique mal l’attitude des Canadiens hors Québec qui selon toute vraisemblance appuient des idéaux pétroliers et militaires, il y a bien longtemps que nous n’avons pas vu un tel vent dans notre société.

Le prochain cap serait donc un Québec fort dans un Canada ouvert aux différences (s’il le peut), et qui se targuerait, sincèrement, de posséder un bastion français dans son enceinte. Qui se promouvrait comme tel. Mais voilà le hic qui nous retombe dessus. Comment peut-on être fier de quelqu’un qui ne s’estime pas lui-même ? Et, ici, je fais référence à notre français, qui à mes yeux, malgré tous les discours de tous les partis, n’a jamais cessé de perdre du terrain. Dites-moi quelqu’un, quel est ce langage que nos jeunes apprennent à l’école ? Qu’y apprennent-ils pour qu’ils en ressortent si peu habiles à s’exprimer ? Je remets mon éternel exemple sur le tapis, notre façon de nous exprimer comparée à celle des Français de France est une honte. Comment se fait-il qu’un adolescent français puisse s’exprimer avec tant d’éloquence, alors que les nôtres s’enfargent dans la simple construction d’une phrase ? La grammaire française utilisée dans nos écoles est-elle si différente de la leur ?

Mais mon plus grand malheur est celui de constater qu’au moment de soulever cette réalité, la plupart répondront que c’est faux. Que nous parlons simplement à notre manière, un point c’est tout. Désolé, il n’y a pas de « un point c’est tout » qui tienne. Puisque je ne parle pas ici de notre accent, mais plutôt de notre méconnaissance du français. J’ai l’impression parfois que le seul objectif du système d’éducation est que : « en autant que tu connais quelques lettres de l’alphabet et que tu peux t’exprimer de sorte que tes semblables te comprennent, tu peux intégrer la société. » Je ne sais pas pour vous, mais c’est ce que mes oreilles me rapportent.

Enfin, en négligeant leur français, non seulement les Québécois s’empoisonnent à petits feux, mais ils perdent également l’occasion de se bâtir une véritable identité, et non une personnalité d’amalgame de mauvaise qualité, inexploitable et sans avenir. Une identité solide et inébranlable aux yeux de tous, mais surtout dans l’oeil du Canadien anglais.

Envers notre langue maternelle, si belle et si riche, en pensant aux partis politiques qui ont tapissé l’histoire du Québec, ils accusent tous l’indifférence et la négligence. En ce qui concerne le Bloc, on peut aisément ajouter laxisme, stagnation et procrastination. D’ailleurs, ils l’auront négligé jusqu’au bout de leur vie, cette langue, puisque même la campagne télévisée du Bloc Québécois comportait des fautes de français. Enfin, un résultat prévisible qui n’était qu’une question de temps.

Souhaitons seulement que le sympathique et honnête politicien d’opposition que l’on constate en la personne de Jack Layton puisque faire un bout de chemin dans le bon sens, et aider les Québécois à se reprendre en main, tant sous l’aspect identitaire que linguistique.

C’était l’opinion d’un nobody – Constant Vanier

Publié le 27 mai 2011.

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