S’il vous plaît ! votre français…

Ça y est, je suis encore déconcerté ! Encore une fois, c’est la frustration qui me prend. Chaque fois que je vois à la télévision l’utilisation de la typographie anglaise, cela me rappelle l’ignorance et l’irrespect des Québécois envers leur langue maternelle. Pour l’amour du ciel !, quant à utiliser le français, faisons-le correctement jusqu’au bout !

Dites-moi donc de quelle maladie souffrent les publicistes et les rédacteurs contemporains. De plus en plus présents sur nos écrans, nous constatons des textes écrits avec une typographie anglaise. — Et ça serait cela « aimer sa langue » !

Au cas où vous l’ignoriez encore ou que vous n’auriez pas remarqué, sachez que la typographie française insère un espace entre la dernière lettre d’un mot et le signe de ponctuation.

Quel casse-pied diront certains ! Quel détail négligeable ! – Aussi négligeable, leur répondrai-je, que celui de mal assimiler sa langue maternelle et d’ensuite crier sur les toits que vous en êtes fiers.

Aujourd’hui, je suis tout à fait découragé de voir avec quelles négligence et incuriosité les Québécois utilisent leur langue. Tandis que les uns souffrent d’une politesse trop mal placée pour corriger sur le tas les fautes de leurs semblables, les autres sont trop incurieux pour aller voir dans un dictionnaire ou une grammaire pour se corriger eux-mêmes. Mais non, ils préfèrent tous répéter, encore et encore, les fautes de français les plus grossières tout en continuant de s’esclaffer comme de gros ignares.

J’entends encore des murmures : « Nous, ici, c’est comme ça qu’on parle ! » – Ouais, parlez-m’en de votre façon de parler. Un mauvais parler qui au fil des décennies s’est répandu tel un cancer au Québec. Et je tiens à préciser que je n’en suis pas du tout fier. Bien au contraire, j’en ai honte.

Je me souviens du temps où les animateurs de télévisions se distinguaient parfaitement du commun des mortels, en s’exprimant d’un français plus soigné que la moyenne des gens. Non seulement ils la soignaient, leur langue, ils en étaient fiers, et avec raison. De nos jours, pour ne donner qu’un exemple, le langage d’une portion grandissante de ces représentants télévisuels est littéralement contaminé par ce fastidieux « là » qui s’entend au bout de chacune de leurs phrases, pour ne pas dire chacun de leurs mots.

Et que dire des comédiens, des humoristes, des auteurs de feuilletons ? C’est comme s’ils s’étaient tous donné le mot pour achever le peu du français qui reste chez nous, en mettant de l’avant le pire de notre façon de s’exprimer. Sans fournir de noms, j’exècre les téléromans qui utilisent et exploitent ce charabia provincial. D’ailleurs à tous ces auteurs, tous ces comédiens et tous ces artistes qui à l’occasion montent aux barricades pour protester et protéger la langue d’ici, réalisez-vous à quel point votre geste est ridicule ?

Ce très mauvais français, non seulement nous l’encensons, nous le promouvons, nous le commercialisons. Quelle pauvreté intellectuelle !

Ce langage de fond de cale étant inacceptable et ” inexportable ” pour une nation qui se respecte, nous persistons tout de même, nous insistons sur cette voie sans avenir. Bien que certains succès puissent être mentionnés, et le fait que d’autres pays puissent acheter leur concept (de téléromans), cela ne justifiera jamais la négligence dont nous faisons envers notre langue. En d’autres mots, ce n’est pas parce que c’est populaire que c’est bien, ou brillant.

Mais diable que fait le gouvernement pendant que notre langue dépérit au quotidien ? Après une cinquantaine d’années de conscience linguistique, je crois pouvoir affirmer sans me tromper que nos gouvernants, peu importe leur couleur, peu importe leur discours, font tout simplement la sourde oreille. C’est à croire que cette dégradation fait leur affaire. De toute façon, la plupart d’entre eux ou d’entre elles s’expriment avec un français peu exemplaire. Alors comment pourraient-ils le corriger ? Comment peuvent-ils même la distinguer, cette dégradation ?

Notre langue française est en très mauvaise posture, et je suis saturé. J’utiliserai donc les mots qui méritent de l’être. Comme dans bien d’autres domaines politiques, nos gouvernants dorment au gaz et font preuve d’une surveillance exécrable. Et ici je vous épargnerai toute la négligence et toute l’ignorance avec laquelle le français est utilisé lorsque vient le temps de parler de son exploitation commerciale et virtuelle (Internet). Ce n’est pourtant pas difficile d’être clair et précis : au Québec, c’est français d’abord, anglais ensuite. Jamais en anglais seulement. Pourtant, il est devenu courant que cette règle (je ne veux même pas parler de loi) soit régulièrement bafouée.

Enfin, à tant négliger une si belle langue, à tant ignorer une langue si riche, on ne peut que réussir à la perdre. Si les Québécois sont si fiers de leur mauvais parlé, alors il ne faut plus se poser la question ; à savoir pourquoi en 2014 le Québec n’a toujours pas une identité claire. C’est certes là une des raisons fondamentales.

À bons entendeurs, salut.

C’était l’opinion d’un nobody – Constant Vanier.

Publié le 12 juin 2014.

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