Une fausse démocratie

Lorsque j’ai vu récemment la promptitude avec laquelle les autorités municipales à travers le pays ont commandé le démantèlement du camp des Indignés (Québec, Montréal ou ailleurs), cela me ramena à l’esprit mon opinion sur la démocratie de notre nation.

Même si les critiques à leur égard furent variées et pas toujours favorables, je crois que leur motif est on ne peut plus légitime et juste. De nos jours, qu’est devenu le citoyen face au néolibéralisme ? Car c’est bien de cela dont il est question, le contrôle qu’exercent les grandes entreprises et industries sur nos gouvernements, par conséquent sur les individus. L’emprise du « corporatif », comme je préfère le dire. En fait, ce type de geste de la part de Québec (ou des villes) est la conséquence directe du triomphe du néolibéralisme. Et il est temps que nous nous levions pour y faire face. C’est donc avec une grande déception que j’appris cette nouvelle.

Certes, par définition tout mouvement populaire fera ressortir des facettes de notre société qui ne plaisent pas à tous. Les sans-abri en est certainement une. Sauf que si l’on s’entête (le on va autant pour les citoyens que pour les gouvernements) à ne pas regarder en face les ratés que nous-mêmes nous provoquons, je ne donne pas chère pour cette société. Ce n’est pas parce que l’on refuse de voir la réalité que celle-ci ne nous rattrapera pas. Aucune démocratie n’étant parfaite, les démunis et les sans-abri sont inévitables. Toutefois, ce que nous appelons maintenant démocratie, semble-t-il, en est une qui empêche, voire interdit de plus en plus la libre-expression. À titre de citoyen, sans le droit de se lever debout, que nous reste-t-il pour contester les injustices du système ?

Cela dit, cette entorse à l’expression populaire est à mes yeux une marque, une blessure de plus pour l’histoire du Québec. Une entrave à son évolution. D’ailleurs, n’avez-vous jamais remarqué que les mouvements populaires, contestation, soulèvement, revendication, ne sont plus vraiment présents de nos jours ? Ah, pas de problème, vous pouvez organiser la contestation que vous voudrez, en autant qu’elle respecte une série de règles et de lois, qu’elle soit bien circonscrite. Aussi bien dire qu’elle soit inutile. Sinon, c’est la police que vous aurez sur le dos. Dans un tel contexte, difficile de ne pas concevoir notre démocratie comme une dictature déguisée.

C’est en fait le néolibéralisme qui en est la cause première. Avec le temps, nos gouvernements pliant l’échine devant le « corporatif », les privilèges se sont accumulés beaucoup plus vers les entreprises que vers la base, la population en générale. D’ailleurs, parlant privilèges je ne peux passer sous silence ceux accordés au monde corporatif en comparaison du citoyen, le payeur de taxes. Pendant que chacun d’entre nous n’ait autre choix que de respecter ses responsabilités fiscales, les grandes entreprises et industries, elles, sont non pas favorisées mais exemptées d’impôts. Si la loi est très claire sur ce point, soit une fourchette entre 28,5 % et 48,2 % pour le particulier et de 19 % à 28,4 % pour les entreprises, ces dernières ne payent que 5 % de leur dû, quand ce n’est pas zéro pour cent. Et cela, n’importe quel économiste ou analyste vous le confirmera. Ce sont là des milliards de dollars qui pourraient justement nous aider à réduire le dilemme des sans-abri et de pauvreté. Récemment, j’ai cru apercevoir dans les nouvelles le chiffre de 600 000 sans-abri au Canada. Ne vous laissez pas berner, car il y a dans ce pays bien coté par l’ONU plus de 15 % (*) des citoyens qui vivent sous le seuil de la pauvreté. Une situation urgente qui commande non pas les pleutres que sont devenus nos gouvernements, mais une gouverne ferme et juste qui s’assurerait du maintien de l’équilibre entre les éléments indissociables que sont les entreprises et le peuple. Leur véritable rôle, à mon opinion.

Enfin, en ce qui concerne le camp des Indignés, je me demande où étaient passés les érudits, les artistes, les écrivains connus qui déblatèrent tout le temps contre les injustices de nos gouvernements ? Ce soulèvement populaire n’était-il pas l’occasion idéale de montrer leur appui ?

* Références Internet :

C’était l’opinion d’un nobody – Constant Vanier

Publié le 28 novembre 2011.

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