Une réticence évidente

Dans une société, aussi mal en point qu’elle soit, chaque fois que quelqu’un parle de changements, la réticence est la première réaction qui surgisse. C’est du moins ce que mon oeil critique a aperçu le 31 octobre dernier au cours de l’émission Tout le monde en parle, lorsque les invités, madame Joanne Marcotte et monsieur Éric Duhaime de Réseau Liberté-Québec, se sont exprimés. Pourtant, au Québec il n’y a plus de preuves à mettre sur la table, beaucoup de notre engrenage sociétal ne tourne pas rond.

Commençons par souligner le fait que les Québécois sont les plus gros « payeurs de taxes » en Amérique. Dit autrement, au prorata notre gouvernement est celui qui reçoit le plus d’argent. Malgré cela, ils arrivent encore à nous faire sombrer dans un déficit insensé. Et ça devient vraiment inquiétant lorsqu’on se rappelle qu’en 2008 ce déficit se chiffrait à environ 124 milliards de dollars, et qu’aujourd’hui il frise les 223 milliards. Deux années seulement pour ajouter un recul de près de 80 %. Il n’est donc pas sorcier de comprendre qu’un tel fiasco se répercute sur toutes les facettes de notre société. Et dire que certains spécialistes affirment que le Québec n’est pas si mal en point. Je ne suis pas de cet avis. Lorsque notre gouvernement démontre une incapacité flagrante pour ne pas dire chronique à administrer notre argent, la situation est grave. Grave au point d’exiger une prise de conscience collective, mais aussi une mobilisation. Parce que la mobilisation est le seul véritable outil qui nous reste, mais aussi le plus efficace contre les aberrations.

Au risque de passer pour un pessimiste, je continue. Le portrait actuel du Québec n’est pas beau à voir sur de nombreux angles, qu’il soit politique, éducationnel, sanitaire, écologique, linguistique, religieux ou identitaire.

Politique parce que le système que nous avons créé ressemble davantage à une éternelle course au pouvoir sans égard aucun pour le bien de la population. Une espèce de « qui sera le prochain candidat/parti à profiter du pouvoir ». Des partis formés de candidats (je leur accorde d’emblée) remplis de bonnes intentions, mais qui une fois à l’intérieur semblent se fondre en hommes de main, ou pire, se corrompre.

Éducationnel parce que la ministre même de l’Éducation (pas plus que ses prédécesseurs) ne voit ni n’admet la menace qui pèse sur le français. Un ministère qui dépense deux fois moins d’argent que celui de la Santé. Un symptôme qui révèle que ni l’un ni l’autre n’est sur la bonne voix.

Sanitaire parce que le système médical et son pion, la RAMQ, promeuvent la santé par la pharmaceutique, et non par l’alimentation.

Écologique parce que nous sommes, en plusieurs points de vue, les plus avides des consommateurs. Nous n’arrivons pas à comprendre que le recyclage n’est qu’un travail de conditions et non d’élimination de la cause. Dans un avenir rapproché les experts nous apprendront que le problème réel, malgré tout le recyclage du monde, est encore et toujours la surconsommation. Une responsabilité que, cette fois, le citoyen ne peut rejeter sur le gouvernement.

Linguistique parce que les Québécois font très peu d’efforts pour corriger leur français. Un français qui cause la honte, une connaissance médiocre qui s’accentue, le tout laqué d’un refus catégorique de l’admettre. Pourtant, qui dit langue, dit culture, et qui dit culture, dit identité.

Religieux parce que depuis 1990 nos hautes instances (provinciales et fédérales) cumulent les accommodements raisonnables presque à notre insu. À peine avons-nous terminé de nous détacher de l’emprise du catholicisme, nous acceptons les caprices des autres. Dans un esprit moderne et pratique, les valeurs humaines seraient celles à enseigner, à pratiquer, et non celles d’un passé chaotique qui n’ont fait que cumuler et engendrer des conflits. Lorsqu’il s’agit de valeurs humaines, il ne peut y avoir de confusion.

Enfin, sous un angle identitaire, parce que nous traînons depuis toujours cette incapacité à nous tenir debout, à faire respecter le fait que nous sommes le dernier bastion de la langue française en Amérique. Serti entre deux mers d’anglophones, sous prétexte d’un multiculturalisme ouvert nous cédons lentement, mollement, nos racines. Des racines sur lesquelles nous aurions grandement avantage à saupoudrer un stimulus linguistique afin que les générations futures n’oublient jamais leur origine, ainsi que la beauté du français. Du français bien appris et bien parlé.

Si après ces constatations, vous croyez qu’il n’y a pas au Québec de réforme profonde à entamer, c’est que vous êtes aveugle.

Bien que je ne fusse pas d’accord avec la totalité des affirmations des représentants de Réseau Liberté-Québec, je leur accorde tout mon appui sans hésiter. Parce que ceux et celles qui ont le courage de se lever et de dénoncer les défauts, les absurdités de notre société actuelle méritent bien notre respect et notre attention. Surtout lorsque les sacrifices imposés par ces changements, à l’inverse de ce qu’on pourrait croire, ne tomberaient pas nécessairement sur les épaules des contribuables (déjà la partie sacrifiée), mais sur le système gouvernemental, c’est-à-dire au dégraissage de la machine étatique qui aujourd’hui est devenue insupportablement lourde. Si vous pensez que mes constats sont exagérés, ou que certaines conditions sont inchangeables, c’est peut-être vous le pessimiste.

Non, le Québec ne va pas bien du tout, et si comme l’alcoolique nous refusons de l’admettre, nous serons incapables d’y remédier. Vive la mobilisation !
C’était l’opinion d’un nobody – Constant Vanier

Publié le 26 novembre 2010.

Retour à la liste des articles…